Agriculture · LiDAR
LiDAR sur une bananeraie de 200 ha : ce qu'apporte le drone à l'agriculture
Sur 200 hectares de bananeraie à Kouzounkpa (Bénin), un seul passage drone a livré une lecture complète du site — l'eau, le sol, la canopée. Retour d'expérience sans jargon sur la mission Agro Kue Kue.

Sur 200 hectares de bananeraie à Kouzounkpa (Bénin), un seul passage drone a livré ce qu'aucune équipe au sol n'aurait pu produire en une saison entière : une lecture complète du site — l'eau, le sol, la canopée, et chaque arbre remarquable. Voici ce qu'apporte concrètement un relevé LiDAR sur une plantation, sans le jargon.
Pourquoi une bananeraie demande plus qu'un comptage d'arbres
Sur une bananeraie, la production ne se joue pas au nombre de pieds. Elle se joue au sol et à l'eau. Une parcelle bien drainée et bien fertilisée bat largement une parcelle plus dense mais mal alimentée. Pour piloter une exploitation, ce ne sont donc pas tant les arbres qu'il faut connaître — c'est le site qu'ils occupent.
Le brief client tenait en trois questions, posées dans cet ordre :
- Comment l'eau circule-t-elle sur le site en saison des pluies ? Où s'accumule-t-elle, où s'écoule-t-elle ?
- Quelle est la topographie réelle sous le couvert, pour dimensionner un réseau d'irrigation ?
- Quels arbres remarquables subsistent sur le site, et à quelle hauteur ?
Trois questions, une seule réponse technique : un relevé LiDAR aéroporté. Pas une mesure ponctuelle, mais une lecture continue du site, livrée en cinq couches qui se combinent dans n'importe quel SIG.
Cinq cartes, une vision complète du site
Le livrable n'est pas un fichier, c'est un jeu de cartes géoréférencées qui se superposent et se croisent dans QGIS, ArcGIS Pro ou un SIG métier. Chacune répond à une décision opérationnelle distincte.
A — Une vue aérienne fine de la plantation
L'orthophotographie sert de fond cartographique. Sur la bananeraie de Kouzounkpa, on y distingue chaque touffe, chaque chemin de circulation, les zones de renouvellement, les bordures. C'est la couche de référence visuelle sur laquelle toutes les autres viennent se superposer.
B — Le sol du terrain, restitué sous la canopée
C'est le produit le plus précieux d'un relevé LiDAR sur plantation, et celui que la photogrammétrie classique ne peut pas livrer. Là où l'image aérienne ne voit que la canopée, le LiDAR traverse la végétation et reconstitue le sol nu. Résultat : un modèle topographique fidèle, qui sert à dimensionner les drains, les terrasses et les bassins de retenue.
Sur Kouzounkpa, ce modèle a révélé que la microtopographie réelle pouvait s'écarter de 1 à 2 mètres de l'image mentale du producteur sur certaines zones — assez pour expliquer des écarts de rendement entre parcelles théoriquement équivalentes.
C — La hauteur de la canopée, arbre par arbre
En soustrayant le modèle du sol au modèle de surface, on obtient la hauteur de la végétation pour chaque mètre carré de la plantation. Sur cette base, les arbres remarquables (ceux qui dépassent une certaine hauteur de référence) sont identifiés un à un et catalogués.
Sur le site, ce sont une quarantaine d'arbres d'ombrage qui ont été géolocalisés individuellement, principalement en bordure. Leur inventaire (position + hauteur) permet désormais d'arbitrer entre conservation et coupe selon l'évolution des rendements.
D — Le réseau d'écoulement de l'eau
À partir du modèle du sol, on reconstitue les lignes d'écoulement potentielles : où l'eau circule en pluie, où elle s'accumule, où elle quitte le site. C'est probablement la couche la plus utile sur une bananeraie, parce qu'elle révèle instantanément ce qu'aucune observation terrain ne livre en saison sèche : la dynamique hydraulique du site.
Sur Kouzounkpa, cette carte a immédiatement mis en évidence une zone basse de 8 hectares mal drainée vers l'aval. Le tracé précis d'un drain de redirection vers le collecteur principal en a découlé — solution chiffrée et localisée, prête pour devis.
E — Une référence à conserver dans le temps
Au-delà des cartes, le relevé produit une donnée 3D archivable qui devient le référentiel zéro de la plantation. Lors d'un second passage dans 12 ou 24 mois, c'est cette référence qui permettra de mesurer précisément la croissance, le renouvellement des plants et l'évolution du couvert. Sans cette donnée initiale, toute analyse temporelle repart de zéro.
Ce que la donnée a changé pour Agro Kue Kue
Trois enseignements concrets, exploitables immédiatement par le producteur dès la livraison :
- Un drainage défaillant identifié. Une zone basse de 8 ha mal drainée a été cartographiée précisément, avec un tracé d'aménagement directement exploitable.
- Un inventaire d'arbres d'ombrage. Une quarantaine d'arbres remarquables géolocalisés, désormais intégrés au SIG d'exploitation.
- Une topographie objective. Les écarts entre la perception du producteur et le terrain réel — souvent à l'origine des disparités de rendement — sont désormais mesurés.
Quand le LiDAR devient le bon choix
Le LiDAR aéroporté n'est pas la solution par défaut pour toutes les plantations. Sur une plantation jeune en rangées espacées, la photogrammétrie classique suffit (voir notre retour d'expérience sur les 60 ha d'Alada). Le LiDAR devient pertinent dès que la plantation cumule deux des trois critères suivants :
- Un couvert dense qui masque le sol depuis le ciel (bananeraie mature, hévéa fermé, cacao sous ombrage).
- Un enjeu d'eau central — irrigation, drainage, gestion de bassin versant, lutte contre l'érosion.
- Une topographie mal connue ou trop plate pour les fonds cartographiques officiels.
Sur une bananeraie, deux de ces trois critères sont presque toujours réunis. C'est pour cette raison que l'investissement s'amortit dès la première campagne — non pas par le décompte des arbres, mais par la précision qu'il apporte sur les décisions d'aménagement.
Le suivi temporel comme actif stratégique
Le vrai gain à long terme n'est pas la campagne ponctuelle. C'est l'établissement d'une donnée de référence à laquelle on peut revenir chaque année. Au bout de trois ans de suivi régulier, on dispose d'une série temporelle qui permet de :
- Mesurer la vitesse réelle de renouvellement des plants.
- Détecter précocement les zones de stress hydrique ou phytosanitaire.
- Vérifier l'efficacité réelle des aménagements hydrauliques réalisés.
- Constituer un dossier technique exploitable en certification ou en contentieux d'usage du sol.
La bananeraie cesse d'être un patrimoine que l'on inventorie ; elle devient un système que l'on pilote, avec une donnée objective qui survit aux changements d'équipe et de management.
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